RAFIK ZAIDI

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email:   rafzaidi@yahoo.fr

Oui…à un certain âge, on ne s’en laisse pas conter mais il m’a été conté qu’il est des jours fastes où  l’odalisque lépreuse qui agonise, se meurt…sort de sa torpeur et se pare de ses plus beaux atours pour nous vendre ses charmes. Al Casbah la Ziride…la Barbaresque…alanguie sur son ottomane bancale, pentue…renoue avec son passé, ses traditions, à l’approche de l’Aïd. Elle se fait belle, se farde…fouille,  puise dans sa mémoire…et dévoile ses dernières splendeurs…crépusculaires, fanées et sans éclat…enfouies dans le secret de son cœur …juste pour les fidèles qui ont le souvenir nostalgique de leurs amours d’antan.

Plus sel que poivre…désabusé, je me laisse aguicher. Submergé par l’émotion, le dos tourné à la rade …je contemple longuement la madone déclassée, finissante, au bord de l’abîme…qui dégringole jusqu’à la mer. Je l’aborde avec égard…la Mosquée Ketchaoua, au pied de la Citadelle, m’ouvre ses portes…je mitraille avec ferveur. Le chasseur d’images se faufile dans le mythique labyrinthe… entre les maisons à colombages…se fait Dédale…et va à la rencontre des derniers Astucieux…des derniers Ingénieux…des derniers Artisans…des derniers Colporteurs…des derniers Compagnons du Moyen-âge.

La vieille Médina…le pouls d’Alger… tousse et s’éveille, le cœur usé…mais un cœur qui bat ! Couteliers…chaudronniers…dinandiers…forgerons et ferronniers…maquignons…potiers…charbonniers…vendeurs de broches, de tajines…de braseros, de cordes et de bottes de foin…de belles toilettes, de jouets et de ballons. Et les rémouleurs ambulants qui agitent leurs clochettes! Et les échoppes achalandées regorgeant de victuailles…débordant sur la rue…déversant leurs richesses…le vantail et l’auvent ployant sous l’article ou la pacotille ! Et les petits cafés maures…si vivants…au charme suranné…les faïences anciennes…les plâtres et les stucs sculptés…les colonnettes torsadées à chapiteaux néocorynthiens…les bois de thuya ou de cèdre tournés… les huis ouvragés…les chromos kitsch…les almanachs défraîchis…les cuivres biscornus, insolites…le thé à la menthe…le thé au jasmin ! Les beignets du Khefafdji…ces délices croustillants ! Et les chalands…et les  volées de gamins piailleurs surgissant des venelles et déboulant à pic les cascades d’escaliers ! Une ruche grouillante, bourdonnante !

Le plaisir est à la mesure de l’immersion dans cette fratrie bariolée où l’agression des sens est totale…sublime ! Un éclaboussais de couleurs, d’odeurs, de senteurs, de pestilences, de clameurs…où se noie le staccato des mitraillages photo…où l’appel du muezzin couvre l’ultime bêlement des bêtes vouées au sacrifice…où la mélopée de l’almée répond au dernier tube de l’été…où le voile du mystère et la sensuelle branchée, dénudée…flânent, bras dessus bras dessous…où la sueur humaine fait bon ménage avec le suint des laines…mais où l’on pousse la fantaisie jusqu’à donner du bonjour…du merci…du pardon…dans un sabir incompréhensible pour le non-initié, le profane…malgré l’embouteillage.!

Miasmes…effluves…relents…fragrances…remugles…embruns…bigarrures…rumeurs…à donner le vertige…qu’une pointe de tintamarre festif émoustille…la musique des petits métiers…la musique de mon enfance. Ah, si Al Bahdja de jadis…t’était contée…mon fils !